CH:MG – Manifeste

« Leur point de vue est celui du pouvoir et le pouvoir ne pense pas. Ce qu’ils appellent nuance n’est que du dosage, et la pensée n’est pas produite par dosages. Elle tranche, découpe, taille, divise. Elle dérègle l’existant, le décentre, le force, le contraint. Lui fait violence. Il y a une violence de la pensée, et ils refusent la violence – ou plutôt refusent de la voir. Une pensée, si c’en est une, on la sent passer ; comme on sent un poing sur le crâne, ou un coup de hache dans une mer gelée, dit aussi Kafka. Il n’y a de pensée que radicale. »
« Tous mes livres sont, si vous voulez, de petites boîtes à outils. Si les gens veulent bien les ouvrir, se servir de telle phrase, telle idée, telle analyse comme d'un tournevis ou d'un desserre-boulon pour court-circuiter, disqualifier, casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus... eh bien ! c'est tant mieux. »

Ces quelques phrases d’Histoire de ta bêtise et de Michel Foucault ont toutes deux pour point commun de tracer les contours d’un projet intellectuel en apparence excessivement simple, mais pourtant absolument essentiel : penser contre le pouvoir. Penser, c’est-à-dire : trancher, découper, tailler, dérégler, décentrer et dévisser, pourquoi pas même forcer, contraindre et faire violence au pouvoir. Penser, c’est-à-dire également penser, s’il le faut, sans nuance et sans concession — la hache brisant du même coup la mer gelée. 

Les contributions rassemblées sur Coup de hache dans mer gelée (ch:mg) viseront à pratiquer ce découpage méthodique du pouvoir, y compris jusqu’à ses extrémités les moins agréables. Explorant l’histoire, la philosophie, la politique, l’anthropologie, la sociologie, mais aussi la critique artistique et esthétique, elles permettront de mener à bien le projet de renversement radical du point de vue du pouvoir, tel que objectivé comme description fidèle du réel. Libres de toute subordination à un cadre formel donné, elles répondront en outre à la nécessité d’approches interdisciplinaires et hétérodoxes, cela autant afin d’asséner le coup de hache sur cette mer gelée, que d’investir la brèche ainsi créée. 

Par leur parution dans ch:mg, les auteurs ne s’engagent au respect d’aucune contrainte, proximité ou appartenance idéologique commune, autre que la volonté de dissiper ce brouillard. Par ailleurs, cet acte de dissipation ne saurait nous exempter de l’imperfection notre propre perception du réel. En vérité, et comme l’a dit Michel Foucault, ce déréglage pourrait tout à fait — nous ajoutons même qu’il le devra — se retourner à un moment où à un autre contre lui même.

ch:mg se réserve le droit d’amender, de préciser et de complexifier au fil de son développement le projet intellectuel esquissé dans ce manifeste, tout en affirmant respecter à tout instant son intuition théorique fondamentale.